Publié le 04/12/2008 14:50 | Propos recueillis par Silvana Grasso

Des sanctions plus lourdes contre la vente d'alcool après 22 heures

La préfecture et la mairie veulent augmenter l'amende contre les épiceries de nuit qui vendent de l'alcool après 22 heures.

Les pouvoirs publics se penchent sur l'activité des épiceries de nuit.Photo DDM, archives.
Les pouvoirs publics se penchent sur l'activité des épiceries de nuit.Photo DDM, archives.

L'alcool et ses excès… Derrière les prochaines restrictions horaires des bars et des discothèques, c'est lui que traquent les pouvoirs publics. Les morts sur la route, les agressions qui se multiplient la nuit dans le centre ville de Toulouse, les perpétuels conflits avec les riverains sur le bruit ont incité la préfecture à hausser le ton. Le projet consiste à fixer la fermeture à 3 heures pour les bars dans la nuit de samedi à dimanche (à l'heure actuelle, il n'y a pas de limite) et à 5 heures pour les discothèques y compris en semaine (elles bénéficient pour l'instant d'horaires libres). Les professionnels proposent, eux, respectivement, 4 et 7 heures. Dans quelques jours, le préfet tranchera.

Dans ce dispositif anti-alcool, un troisième intervenant est à présent dans le collimateur : les épiceries de nuit, et, plus exactement, tous les points de vente à emporter : sandwicheries, kebabs… Ils se sont multipliés à Toulouse, preuve qu'il existe un vrai marché. Il n'y a qu'à remonter la rue Pargaminières qui relie la place Saint-Pierre au Capitole pour le constater.

« Les bars, discothèques et restaurants, nous ne vendons plus aujourd'hui que 12 % de l'alcool qui se consomme », souligne Bernard Bosc, le représentant des cafetiers, en s'appuyant sur une étude nationale. « Qu'on ne stigmatise pas que nous. Les gens vont continuer à consommer et c'est la rue qui va devenir le plus grand bistrot de France », prévoit-il. À l'heure actuelle, les épiceries ne peuvent pas vendre d'alcool après 22 heures. Officiellement. Car avec une amende à 38 €, la sanction n'est pas dissuasive (lire le reportage ci-dessous). Et les épiceries font leur chiffre, la nuit, sur l'alcool. La préfecture a proposé à la mairie d'augmenter le montant du PV. « Si la préfecture nous confirme que cela est possible, nous n'y sommes pas opposés. On peut même prendre la décision aussitôt », affirme Jean-Paul Makengo, adjoint au maire. Ce chantier n'en est pour autant qu'à ses débuts. En projet également : faire le tri entre les établissements qui peuvent effectivement vendre de l'alcool à emporter ou pas.

Sur les horaires de fermeture des bars et boîtes, la mairie est plus réservée : « nous sommes un peu sceptiques sur le lien avec les problèmes de sécurité. Si les boîtes ferment à 5 heures, cela va faire beaucoup de monde dehors », observe Jean-Paul Makengo. Réponse prochainement.


Un épicier : « On vend du vin, pas des armes »

Au centre-ville de Toulouse, personne ne respecte l'interdiction de vendre de l'alcool après 22 heures. A 38 € l'infraction relevée, l'épicier de nuit est un bon client pour les policiers municipaux. « Depuis l'élection de Pierre Cohen, on les voit moins » observe Alexandre, qui tient le magasin de l'avenue Honoré-Serres. « Quand ils viennent, ils demandent systématiquement : reconnaissez-vous avoir vendu cette bouteille ? Avec le temps, on finit par être cynique ; moi je réponds : non, je reconnais en avoir vendu beaucoup plus ! » Hier soir, deux policiers sont intervenus dans l'épicerie de Saint-Michel vers 22h30 : « Ceux-là n'étaient pas très sympas, raconte le gérant. Ils m'ont fait la morale et ont relevé mon identité. Je leur ai dit que je vendais du vin, pas des armes… » Michel Gony, pionnier et patron de l'Epicerie de Nuit (quatre établissements à Toulouse) a déjà été verbalisé à plus de six cents reprises depuis dix ans, une cinquantaine de fois depuis le début de l'année : « On paie les amendes mais elles sont ensuite minorées par le tribunal ». La vente d'alcool représente 60 % du chiffre d'affaires le week-end mais seulement 20 % le dimanche et 25 % en semaine. Pourtant, « l'article le plus vendu, c'est la baguette de pain » affirme Alexandre. Il a banni des présentoirs les petites bières à pochards pour privilégier le dessus du goulot : « La nuit, nous sommes les plus gros distributeurs de Cliquot ou Moët-et-Chandon », dit Michel Gony qui « ne voit pas le lien entre les faits de violence au centre-ville et les épiceries de nuit ».

« Je ne vois pas où est le problème, s'étonne un jeune prof, qui achète une bonne bouteille de bière. Vaut mieux boire une bouteille chez soi, le soir, avec des copains que s'enfiler des antidépresseurs ». Un autre client proteste contre le tout-répressif : « Si on veut faire crever la ville, faut continuer comme ça… »

Deux écriteaux sont accrochés au-dessus du comptoir : « Le disco est mort, le crédit aussi » ; et « On ne sert pas de gobelets ». « On ne veut pas encourager les clients à boire dans la rue ou au volant, explique le patron. Il m'est déjà arrivé de refuser de vendre de l'alcool. » Il vend baguette sur baguette, beaucoup de vin, de sodas, de jus de fruits, un peu de bière… Un couple se fait conseiller sur une bouteille de gaillac ; deux jeunes achètent de la vodka et du jus d'orange. Peu de clodos ou de punks à chiens. Un épicier insiste sur « le rôle social » de son établissement : « ça fait de la lumière dans la rue, ça sécurise. Parfois des gens viennent chez nous se réfugier. Et je ne compte même pas le nombre de pansements que je distribue… »

Et si les policiers municipaux montrent les dents, la police nationale ferme pudiquement les yeux : « Une fois, raconte un gérant, j'ai eu le même soir la police municipale qui m'a verbalisé et quelques minutes plus tard, une patrouille de la police nationale qui m'a acheté de la bière ».


Discothèques : « 5 heures, c'est la mort assurée »

« Nous étions le seul département sans limite d'heure du samedi à dimanche. La fin de cette particularité nous alarme évidemment », observe Bernard Bosc, le représentant des cafetiers, qui reconnaît que le problème est « plus épineux » pour les discothèques. « À 5 heures, c'est la mort assurée », observe un professionnel. Pour l'heure, les représentants des boîtes restent silencieux en espérant que la préfecture entende leurs arguments. Mais la situation est tendue dans une profession déjà fragilisée.

Tout aussi discrets jusqu'à présent : les patrons de bars musicaux. Ces établissements considérés comme des discothèques, et ouverts jusqu'au petit matin, sont en fait des bars. La législation qui s'appliquera à eux sera donc plus draconienne : 3 heures le dimanche matin ! C'est notamment le cas rue Bayard pour le Senso et M. Carnaval. La rue Bayard, qui bénéficie d'une exception due à la proximité de la gare, devrait elle aussi rentrer dans le rang. À titre de comparaison, à Bordeaux, prévaut l'arrêté « 2, 4, 6 » : 2 heures pour les bars, 4 heures pour les boîtes, 6 heures pour les afters.


En Chiffres

Les bars :

Si l'on additionne les licences 2, 3 et 4, cela donne 683 débits de boisson recensés à Toulouse. Si l'on ne retient que les licences 4 : 520.

Les discothèques :

On compte une trentaine d'établissements uniquement dans la Ville rose.

Les épiceries de nuit :

Une cinquantaine selon un commerçant. Mais c'est sans compter les sandwicheries, boulangeries, kebabs, et autres stations services qui restent ouverts le soir et la nuit. La préfecture, comme la mairie, ne dispose pas d'évaluation sur ce chapitre.


« S'il le faut, on fera des stocks »

Fermeture des discothèques à 5 heures, interdiction de vendre de l'alcool après 22 heures pour les épiceries de nuit…. Réactions à Saint-Pierre, grande place festive de Toulouse. « Ces mesures sont inadmissibles si elles sont appliquées, lance Julien, 20 ans. On veut empêcher les jeunes de s'amuser sous de faux prétextes de santé publique. Si les épiceries ne vendent plus d'alcool après 22 heures, on devra s'organiser avant et faire nos stocks. On trouvera toujours une parade. L'essentiel est de s'adapter sans se frustrer ».

Il n'y a que Bastien, 19 ans pour trouver ce futur arrêté plutôt efficace : « Il était temps d'agir, il y avait bien trop de chaos le soir dans les rues de Toulouse » Pierre, 20 ans et Thomas, 19ans, ne sont pas des amateurs de la place Saint-Pierre, « bien trop chaotique à leur goût ». Ils déplorent malgré tout cet arrêté : « J'ai signé la pétition qui court sur internet, car je pense qu'on déplace le problème. En sortant de discothèque, jusqu'alors beaucoup de jeunes prenaient le premier métro, là, ils vont prendre leur voiture pour rentrer. Déjà bien imbibés, pour certains. Le pire peut aller se passer. Quant aux épiceries, il suffit de s'organiser entre copains, c'est tout ».

 
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RÉACTIONS DES LECTEURS
Crever... (par folnat)

"« Si on veut faire crever la ville, faut continuer comme ça… »"

Et si on ne fait rien, la ville va crever sous les ravages de l'alcool... On en serait pas là si ceux qu'on appelle les "fêtards" savaient ce que signifie "consommer avec modération".

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Généralisation ? (par etudiant_toulouse)

Tous les commentaires vont dans le même sens. Pourtant je peux vous assurer qu'à Toulouse il reste au moins UN fêtard client des boites de nuit, qui ne boit pas, ne se drogue pas, tout juste s'il fume des cigarettes, et qui respecte l'"ordre public" : c'est moi ! Ce que j'ai lu, c'est un peu juste, mais aussi un peu infantilisant : ça ressemble plus à des gens qui soutiennent la "punition collective", sauf qu'ici on n'est plus à l'école. De plus, je dirais que si l'arrêté passe, j'ai hâte de voir la tête les habitants de l'hyper-centre, réveillés tous les dimanches à 5h par les fêtards ivres et TELLEMENT nombreux qu'il faudra des cars entiers de CRS tous les samedis soirs si vous voulez les évacuer tous. De toute évidence ça ne se fera pas dans la discrétion, et une fois encore, on a la démonstration de la puissance publique qui veut montrer sa puissance en prenant des décisions, mais qui ne feront que révéler davantage ses faiblesses. A la fin des fins, la question n'est pas "faut-il interdire de vendre de l'alcool", ou "faut-il fermer les lieux de convivialité à telle ou telle heure", mais "pourquoi tous ces jeunes boivent-ils" ? Malheureusement, le préfet, représentant local du pouvoir exécutif, ne semble pas s'interroger davantage que celui dont il assure la représentation sur ces questions qui sont pourtant des questions de fond...

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(par Romgay31)

J'espère que les jeunes qui signent actuellement la pétition sur internet contre la fermeture des boites à 5h du mat seront aussi les premiers à signer la pétition pour une ouverture du métro à 5h du matin quand le décret sera appliqué. Bordeaux applique le système 2/4/6 et ça ne rend en rien cette ville moins festive ! Il faut arreter de trouver des prétextes. Ca permettra d'aller en boite de 0h à 5h au lieu de 2h à 7h, rien de bien grave on pourra tjrs faire la fête et si ça permet d'avoir moins d'incidents sur la voie publique pourquoi pas.....ça reste à prouver donc à voir dans le temps.

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Bravo (par Toulousoscopie)

Enfin ce que des associations réclament depuis des années va enfin être mis en application à Toulouse. Il aura fallu des morts et des blessés pour que les pouvoirs publics réagissent enfin.

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Bravo (par Bobologue)

Enfin des responsables de l' ordre public qui malgré leur étiquette politique opposée prennent conscience de ce fléau qu' est l' alcoolisme avec toutes ses conséquences .Punissons ces faiseurs de fric sur le malheur des gens qui sont pourtant des hors la loi mais qui ne répondent pas de leurs actes actuellement.Et permettons aux vrais fétards de pouvoir de nouveau sortir sans peur

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Ventes d'alcool après 22 heures... (par dmb3 - Neuilly Sur Seine)

Enfin un début d'actions contre l'alcoolisation facile des jeunes dans le sud-ouest, région lourdement handicapée sur ce plan.
Il est intolérable de n'avoir pas lutté plus énergiquement contre ce fléau national qu'est l'alcoolisation facile à Toulouse et sa région. Même si un commerçant ose déclarer "qu'il ne vend pas des armes" (sic), il vend des drogues qui associées à la voiture tuent bien facilement. Il est scandaleux de constater le développement accéléré de la vente d'alcool la nuit y compris dans des stations services !!!
Le sud-ouest est une région de forte alcoolisation et malheureusement les abrutis de la région disposeront encore longtemps de leur drogue préférée. Espérons que les fonctionnaires défaillants dans le domaine du contrôle des moyens d'ivresse seront tôt ou tard sanctionnés. Le coût social de ce laxisme est exorbitant et de nombreux jeunes et adultes payent de leurs vies l'absence de réelles mesures anti alcooliques. AFFLIGEANT !!!

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