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"S'il n'y avait pas les prud'hommes, on serait des esclaves". Pour Mounia Bouyag, 28 ans, et 22 salariés d'un grand domaine arboricole du Sud-Est, Confoux, cette juridiction est le "dernier rempart" du droit dans un monde agricole souvent rétif aux syndicats.
"On a tenté maintes et maintes médiations avec nos employeurs mais ils nous disent +allez aux prud'hommes ou partez si vous n'êtes pas contents+", explique Mounia. Titulaire d'une licence en économie sociale, elle a "fait les saisons" pour payer ses études avant d'être embauchée comme contrôleuse qualité à Confoux.
Au bas des Alpilles, près de Cavaillon, le domaine produit et conditionne, selon sa direction, environ 10.000 tonnes de pommes exportées principalement vers la Grande-Bretagne. Chiffre d'affaires: près de sept millions d'euros. Le propriétaire est un négociant de la région parisienne, Jean-François Cholet.
Une cinquantaine de salariés permanents travaillent dans les vergers et la station de conditionnement, épaulés lors de la récolte par des saisonniers portugais, espagnols ou maghrébins.
Un domaine typique d'un département partagé entre grandes exploitations quasi industrielles et petites propriétés familiales.
Mais à Confoux, après des années "de silence", une partie des salariés se sont révoltés en avril 2008, se mettant en grève contre des conditions de travail jugées humiliantes.
"Des ouvriers étaient obligés de travailler dans des vergers pendant qu'ils étaient traités avec des produits phytosanitaires ou moins de 48 heures après, ce qui est interdit", raconte Mounia aujourd'hui élue déléguée du personnel CGT. Durant la grève, un épandage a été effectué alors que des ouvriers se trouvaient dans un champ. L'inspection du travail a adressé un procès verbal à la direction.
Les grévistes dénonçaient aussi la faiblesse des salaires et le non-paiement d'heures supplémentaires et de primes d'ancienneté. "Le patron se contentait de primes quand bon lui semblait", racontent-ils.
Des faits que conteste un des directeurs d'exploitation, Jacques Sabin.
Après dix jours de grève, un accord était signé. "Depuis, pour la première fois depuis des années, les heures supplémentaires sont payées selon la loi", raconte Mounia.
En revanche, les salariés réclament en vain le rattrapage de ces heures non payées sur les cinq années précédentes.
Le climat social ne s'est pas apaisé. Un local syndical a été accordé après des mois de demandes.
"La notion d'organisation syndicale n'est pas facile à aborder dans les entreprises, y compris dans le secteur agricole", reconnaît la chef de service de l'Inspection du travail agriculture des Bouches-du-Rhône, Pascale Roberdeau, ajoutant avoir préconisé en vain la nomination d'un responsable "des relations sociales" à Confoux.
Depuis la grève, les trois délégués syndicaux ont été changés de poste et mis au verger, un des secteurs les plus durs et qui ne correspond pas à leurs compétences.
Pour M. Sabin, "les effectifs ont été réorganisés en fonction de la performance économique car la productivité sur la station fruitière n'était pas satisfaisante".
L'inspection du travail enquête. Les salariés ont saisi les prud'hommes pour discrimination syndicale.
Mounia sera tête de liste pour les élections de mercredi: "parce qu'il faut que les gens qui travaillent la terre soient représentés. Les gens de l'extérieur ne peuvent pas imaginer toutes les situations de non droit que nous vivons!"
Dans les Bouches-du-Rhône, près de 27.000 salariés travaillent dans l'agriculture.
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