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Decazeville et Rodez ont brillé par le passé au plus haut niveau, laissant aux joueurs et à leurs aficionados le souvenir de matchs devenus références contre les Stade toulousain, Pau, Narbonne ou le Racing. Jusqu'à l'an passé, Millau représentait le département en Fédérale 1. Aujourd'hui, les meilleurs clubs (en terme de résultats) plafonnent en Fédérale 2. L'Aveyron a-t-il réellement une chance de rejoindre un jour le gratin du rugby français (Top 14 et Pro D2) ? En a-t-il envie ? En a-t-il les moyens ?
Avis partagés, évidemment. Avec d'un côté ceux qui restent persuadés qu'un club leader « bouffera » les autres clubs (sportivement et financièrement), pour ne laisser que des miettes à ses voisins. De l'autre, ceux qui attendent une « locomotive » qui sera bénéfique à tout le rugby du département.
Parmi le peuple du rugby, les « anti » représentent une part non négligeable. Sont-ils « anti gros clubs » ou « anti Rodez » ? Car si gros club il y a, ce ne peut être qu'à Rodez : « Seule la ville préfecture dispose du potentiel économique indispensable », note Philippe Laüt à Rodez. Un avis sans surprise de la part du président du SRA… mais qui est partagé par ses alter ego de Decazeville et Lévezou Ségala. Les « anti » imaginent le pire de la part de ce rugby ruthénois qui « bouffera le rugby aveyronnais », comme « l'économie ruthénoise asphyxie l'économie aveyronnaise » ! Eux préfèrent que les clubs « se tirent la bourre » en Fédérale 2, comme c'est le cas cette année (Millau, Rodez, Decazeville, + le voisin figeacois). Ambiances (et recettes) de derbys assurées.
Dans « l'autre camp », les fans d'un club pro ne manquent pas. Parce que c'est la promesse d'un spectacle de haut niveau ; parce que cette vitrine attirera plus de jeunes vers le rugby ; parce que « les miettes d'un club de Pro D2… ce sont tout de même de belles miettes », ajoutent Jean-Luc Delaneau et Fabrice Carles à Decazeville.
Même si elle ne fait pas l'unanimité, « l'envie » de voir un club rejoindre le cercle des pros existe. Pour les « moyens », c'est une autre affaire. Déjà en Fédérale 2, les budgets nécessaires sont de plus en plus importants ; ils deviennent colossaux en Fédérale 1, et approchent le déraisonnable pour la Pro D2. Que les clubs aient recours au recrutement ou à la formation, ils passent forcément par la case « argent » (pour attirer de nouveaux joueurs dans le premier cas, pour garder les leurs dans le second).
« Je ne pense pas que l'Aveyron, seul et dans la situation actuelle, en ait les moyens. La seule solution passe par un partenaire d'envergure nationale » lance Jean-Luc Delaneau. à Millau, Daniel Diaz émet les mêmes réserves, ajoutant un argument sportif : « Le réservoir de joueurs aveyronnais ne permet pas d'envisager la Pro D2 ». Même en mêlant les quatre clubs de Fédérale, il n'en trouve pas trois qui puissent prétendre au monde professionnel : « Le fossé est énorme, et il se creuse encore. À Millau, nous avions un Géorgien qui se faisait remarquer sur tous les terrains de Fédérale 1. Pourtant il a été recalé à Oyonnax : "pas au niveau"». Et de conclure : « Les trois clubs de l'Aveyron peuvent espérer monter en Fédérale 1. La Pro D 2 est un vœu pieux ».
Philippe Laüt y croit pourtant, c'est l'objectif du club et il s'y tient, estimant le besoin à 3 M€. « Le potentiel existe. Si tout le monde a envie d'un grand club de l'Aveyron, avec son centre de formation, dans l'intérêt des jeunes du département, alors ce sera possible ». Le président de Rodez est cependant bien conscient des obstacles : réticences en interne, résistances dans le milieu du rugby et même des oppositions qui se manifestent du côté des élus. Mais il promet de « continuer à se battre » pour convaincre : « C'est l'intérêt général ».
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