Publié le 11/10/2008 09:08 | A.-M.D.

Lescure. Le Scarabée risque une fermeture administrative

La discothèque de Lescure fait l'objet d'une enquête pour travail dissimulé. En garde-à-vue, le patron juge la mesure «disproportionnée».

Les DJ, Morgan Bonnefond et Christophe Cal, seront à leur poste ce soir. Photo DDM, Emilie Cayre.
Les DJ, Morgan Bonnefond et Christophe Cal, seront à leur poste ce soir. Photo DDM, Emilie Cayre.

Musique coupée, la fête s'est arrêtée net, dans la nuit de samedi à dimanche, au Scarabée. Vingt-et-un policiers accompagnés de deux agents de l'Urssaf ont fait irruption au sein de la discothèque de Lescure-d'Albigeois, pour un contrôle combiné.

Surpris, les 600 danseurs présents se sont agglutinés, se demandant ce qui se passait, dans un climat tendu. Un jeune de 19 ou 20 ans a même tenté de rameuter les autres clients contre l'intervention des fonctionnaires de police, ce qui lui a valu de finir la nuit au poste en dégrisement.

Encore en cours, l'enquête devrait se traduire par des poursuites « pour travail dissimulé concernant au moins trois personnes. Ce sont des délits graves. Le Scarabée a fait par ailleurs l'objet d'un avertissement en mai pour avoir reçu et servi trois consommateurs en état alcoolisé », rappelle Paul Agostini, directeur départemental de la Sécurité publique. Le commissaire va demander « une fermeture administrative », espérant que cette requête « sera suivie par le préfet », à qui il revient de déterminer la durée éventuelle et la décision finale. Elle sera prise à l'issue d'une procédure contradictoire, durant laquelle le patron de boîte pourra s'expliquer. Joël Dutot, 52 ans, ne s'en prive pas. Prenant les devants, le gérant du Scarabée affirme avoir des explications pour tous les cas incriminés. « Un jeune avait sollicité un emploi mais nous ne pouvions pas le prendre. En attendant, il ramassait des verres vides sans être payé. D'autres garçons nous demandent souvent de le faire, histoire d'entrer en contact avec les filles… Ma femme, Cathy, donnait un coup de main aux serveuses débordées mais n'avait jamais mis les pieds dans la boîte depuis deux mois. La femme du caissier, Christian, était là aussi sans être pour autant salariée. Un peu jalouse, elle n'aime pas laisser son époux seul en boîte de nuit… » La police indique qu'il ne s'agit pas d'elles…

Déjà frappé par deux fois par cette mesure en 2005 et 2006, Joël Dutot dit craindre que « ces fermetures administratives à répétition n'entraîne un dépôt de bilan. Dans une situation économique difficile, il ne faut pas abuser. Si on veut que j'arrête, il suffit de me le dire. Je procéderai moi-même à une cessation d'activité. »

Le gérant juge « disproportionné d'avoir pour la première fois fait l'objet de 48 heures de garde-à-vue, après 14 ans et demi d'activité. Que j'ai duré aussi longtemps dans le monde de la nuit prouve que je sais travailler. »

Il estime aussi que les pouvoirs publics exercent « une pression excessive » sur les établissements de nuit albigeois.

Ce n'est évidemment pas l'avis du commissaire Agostini, qui organisera jeudi 16 octobre avec l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie du Tarn une réunion dans le but « d'aider les professionnels à exercer un métier difficile ». Le commissaire considère que « gérer la plus grande discothèque de la ville n'exonère pas Joël Dutot du respect des lois. Au contraire, il devrait être encore plus rigoureux. La garde-à-vue se justifiait aussi pour éviter des collusions avec les employés en question.»

Joël Dutot tient de son côté à préciser que durant sa garde-à-vue, « les policiers se sont montrés très corrects. Beaucoup sont clients du Scarabée » où ils viennent danser. Sans uniforme.


Capitaines de soirée ce samedi

Autre sujet « plus valorisant », Joël Dutot rappelle que sa discothèque est retenue ce samedi pour l'opération Capitaines de soirée avec la Prévention routière. « Ceux qui porteront le bracelet stipulant qu'ils vont ramener les autres auront l'entrée plus des consommations non alcoolisées gratuites. Un éthylotest leur sera proposé à la fin. Ils participeront à un tirage national. » Le fait que le Scarabée ait été choisi consacre pour son patron ses efforts en matière de prévention. « Nous vérifions avant le départ que le conducteur soit en état. C'est de plus en plus souvent une fille, plus sage. Je constate avec plaisir que le covoiturage se développe. Les jeunes viennent à cinq. Aucun ne s'est jamais tué en voiture en 15 ans en repartant du Scarabée. »

Le commissaire Agostini approuve lui aussi l'opération Capitaines de soirée, « comme tout ce qui concourt à la prévention et à faire baisser l'alcoolisation des jeunes ».


«Une entreprise qui vend du rêve»

La boîte de nuit brille de tous ses feux et la sono donne. On peut goûter le décor égyptien du Scarabée, (porte-bonheur de l'Égypte ancienne), la série de statues réalisées par l'école des arts de Toulouse, un scarabée qui se métamorphose en femme… Bien connue des noctambules albigeois, la scène est surréaliste à 11 heures du matin. Si le patron, Joël Dutot, a rallumé hier en plein jour sa discothèque le temps d'une visite de presse, c'est pour mieux insister sur « son rôle social. Quand je suis arrivé en 1996, vous aviez aussi l'Amazone, l'Orkiss, le Star club, le Roll Rider, le Valadier, le Quartz. Ils ont tous disparu. Plus ça va, moins il y a de discothèques. Le Scarabée de Lescure-d'Albigeois, 1 000 places, est la dernière de cette taille dans l'agglomération. La Rue du Bain en a moins, de même que les bars de nuit du centre-ville. Si nous fermons à notre tour, où iront les jeunes, les étudiants, ceux qui après une semaine au travail ont envie de se distraire le week-end ? Surtout en ces temps moroses… »

Lieu de drague

Les DJ, Morgan Bonnefond, 21 ans, pour la partie tecktonik électro et Christophe Cal, 31 ans (disco rétro) ajoutent qu'on vient aussi pour la drague. Ils disent leur fierté de voir des couples se former pendant les séries slow, de favoriser des unions grâce à des dédicaces bien placées, de voir sur la piste les enfants des parents qui se sont rencontrés au Scarabée… De voir préserver un lieu où les rencontres ne sont pas virtuelles, d'échapper encore à un monde où chacun vit replié derrière son ordinateur… Quelque chose de mythique et non de Meetic…

« Quand j'ai tous mes danseurs jeunes et vieux, de 16 à 45 ans, ensemble sur la piste à 3 heures du matin », c'est la plus belle des compensations, ça vaut plus que le salaire pour moi », s'enflamme Christophe Cal, dévoilant « comment le DJ crée et maintient l'ambiance en passant le bon morceau au bon moment ; que ça suppose de rester concentré, qu'une soirée est moyenne » lorsqu'il n'est pas en forme avant de venir exercer ce métier qui le « passionne depuis qu'il est ado ».

Un lieu de fête «sans la moindre discrimination» qui n'en reste pas moins selon son patron une entreprise fragile. « Elle ne fait son chiffre que le week-end. Le premier du mois sert à payer les 5 000 € de loyer ; le 2e, les charges sociales ; le 3e, la Sacem et la TVA (60 000 € par an) ; le 4e, les salaires. Nous n'avons pas une grande marge. »

Joël Dutot met aussi en avant « l'impact économique (14 emplois, 20 000 € de taxe professionnelle) » représenté par cette « entreprise à vendre du rêve ».

 
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