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Plusieurs milliers de salariés de l'automobile, secoués par de multiples plans sociaux avant même le déclenchement de la crise financière, sont allés manifester vendredi au Salon de l'Auto pour "montrer l'envers du décor" et dénoncer "l'obsession de la rentabilité financière".
Entre 2.400 personnes selon la police et 5.000 selon la CGT, venus de plusieurs régions françaises, ont d'abord défilé du quai d'Issy-les-Moulineaux (XVe arrondissement) jusqu'aux portes du Salon à l'appel de la CGT-Métallurgie.
"Nous sommes là pour montrer l'envers du décor car l'image qu'on donne dans un salon est très éloignée des conditions de travail et des annonces de licenciements", explique sur place à l'AFP Fabien Gâche (CGT Renault), pour qui "les grandes entreprises n'ont pas d'autres objectifs que la rentabilité financière".
Au côté d'un très gros contingent d'employés de Renault, qui va supprimer 4.900 emplois en France en 2009 (maison mère et filiales), ont pris place des salariés de nombreux équipementiers comme Goodyear, Valéo, Plastic Omnium, Faurecia, Delphi ou Continental.
"Pour eux aussi, le taux de profitabilité est la seule valeur pour bâtir une stratégie industrielle", commente Fabien Gâche.
"Pour un emploi chez un constructeur, il y a 3 ou 4 emplois chez des équipementiers. Donc quand Renault annonce un plan social, eux ils trinquent aussi", car les commandes baissent, explique Pascal Morel de Renault Cléon (Seine-Maritime).
Danièle et Marie-Thérèse ont respectivement 32 et 19 ans d'ancienneté dans une usine d'autoradios de Rambouillet (Yvelines), rachetée l'an dernier par le groupe Continental et dont la production va être délocalisée. "On est pas rentable en France, on coûte deux euros de trop par autoradio", disent-elles. "Le pognon va aux actionnaires et pour les ouvriers il n'y a rien", lâchent-elles "dégoûtées".
Les salariés de Renault Sandouville (Seine-Maritime), qui va perdre 1.000 de ses 3.700 postes, sont venus en masse dire leur "colère" face à ce qu'ils vivent comme une "trahison". "On nous a dit qu'il fallait réussir le Laguna 3. On l'a fait et maintenant ils nous remercient avec des licenciements", dit Alain Hamchin.
Fragilisé par la mévente de la Laguna, Sandouville a réduit sa cadence. "On expose les belles voitures au monde entier, et nous depuis la rentrée, on est en chômage technique une semaine sur deux, on perd 3 à 400 euros par mois. Du coup, on retourne au smic, et comment on fait quand on a trois enfants ?", interroge Geoffroy Michael.
Arrivés aux portes du Salon de l'Auto, les manifestants font une pause avant de s'engouffrer dans les allées feutrées où sont exposés les modèles dernier cri.
"Aujourd'hui au Salon, demain dans les usines: interdisons les licenciements !", s'époumonnent-ils.
Les visiteurs du Salon sont surpris de voir surgir banderoles, sifflets et slogans au milieu des carrosseries rutilantes et des hôtesses d'accueil.
Sur le stand Renault, les agents renoncent à interdire aux intrus de coller une flopée d'autocollants CGT rouges sur la nouvelle Mégane gris métallisé.
Certains se prennent en photo devant le véhicule, d'autres s'installent au volant. C'est un peu la cohue, mais les salariés répètent qu'ils ne sont pas là pour faire des dégâts, ni abimer des voitures qu'ils ont eux-mêmes construites.
Peu à peu la moquette des allées du Salon se couvrent de confettis et des petites affichettes blanches de la CGT, tandis que le cortège poursuit sa ronde parmi les stands de voitures.
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