Publié le 14/12/2007 09:49 | H. B.

Rugby : un club unique pour le bassin de Decazeville ?

Dossier. Quelles sont les conditions nécessaires à la création d'un club unique de rugby sur le Bassin? Voici l' avis des dirigeants du Sporting, de l'AOV (Viviez) et de l'USFA (Flagnac).

Rugby : un club unique pour le bassin de Decazeville ?
DDM

Un seul club de rugby fédérant toutes les entités du Bassin. Le projet n'est pas neuf. Entre le Sporting qui cherche le maintien à long terme en fédérale 2, l'AOV qui traîne sa peine en promotion d'honneur et l'USFA qui l'imite en 4e série, le Bassin dispose de trois clubs aux histoires et aux intérêts différents.

Une fusion, l'USFA est pour (lire ci-dessous). À Viviez, on préfère un échange de joueurs sous forme de tutorat avec le SCD. Et, à Decazeville, on en pense quoi d'une éventuelle fusion?

« D'abord, ce n'est pas encore d'actualité, indique Fabrice Carles, coprésident du Sporting. Il est impératif qu'en premier lieu, Viviez et Flagnac s'entendent sur une démarche commune. Ce serait déjà une bonne chose. On entretient de bonnes relations avec les deux clubs. Alors, on pourrait très bien établir un échange de joueurs. »

Voilà qui devrait ravir Hervé Murat, le président de l'AOV (lire par ailleurs). « Un club unique ne pourra voir le jour que s'il existe une réelle volonté politique d'en tirer profit, souligne Jean-Luc Delaneau, autre coprésident du SCD, sinon je ne vois pas trop ce que ça apporterait. Or, apparemment, la municipalité manque de moyens. Elle ne se sert pas trop du Sporting comme vecteur de communication positif. Heureusement, Promoval est présent. Sans eux, on ne serait pas en fédérale 2. Le problème est de parvenir à valoriser ces partenaires. Notre club-house, par exemple, est totalement dépassé. Quand on se rend chez des villes comparables. Leur budget est supérieur de 20 à 30 000€. Cela correspond à deux joueurs de haut niveau. La bonne nouvelle pour l'avenir, c'est la réussite exemplaire de nos jeunes et le jeu pratiqué en cadets et en juniors, qui correspond plus à ce qu'on attend. Enfin, pour conclure sur l'idée de fusion, je pense qu'en raisonnant en terme de nombre de joueurs, on risque de passer de quatre équipes à deux. Après, pourquoi ne pas avoir une troisième équipe ? L'essentiel sera, quoi qu'il advienne, de concilier l'amour du maillot, un esprit guerrier et le désir d'envoyer du jeu».

Et Promoval dans tout ça? Guy-Laurent Salphati est l'un des coprésidents du club Entreprises, partenaire indispensable du SCD. « La fusion, on est complètement pour par rapport à la survie des clubs sur le Bassin. Il me semble que c'est le bon moment pour ces trois clubs de se rassembler en conservant leurs identités propres».

S'asseoir autour d'une table et discuter. Facile à dire. Sûrement un peu plus dur à mettre en œuvre.


AOV : « Un tutorat pas une fusion »

Il n'y a pas six mois qu'Hervé Murat a, bon gré mal gré, pris les rênes de l'Avenir olympique viviézois rugby, plus connu aux abords du stade Fernand-Teulié sous le nom d'AOV rugby.

Il s'est, à cette époque, vu remettre les clés d'un navire à la dérive, amputé de la colonne vertébrale de l'équipe. « C'est simple, explique l'ancien joueur des « zingueurs »: en juin, quand j'ai finalement accepté la présidence, tout le monde était parti ou presque au bureau. De la formation qui avait assuré une très belle saison ponctuée d'une montée en promotion d'honneur, il manquait déjà l'ensemble de la ligne de trois-quarts, soit de l'ouvreur à l'arrière. Difficile de rebâtir derrière. Alors, on est parti pour une saison galère avec des joueurs qui découvrent le rugby pour la première fois de leur vie. Mais quoi qu'il arrive, on ira au bout de cette année. D'ailleurs, tout n'est pas négatif. Bien au contraire, sur les deux derniers matchs, on a même constaté des progrès réels. Bref, on va serrer les dents et tenir bon. Ensuite, dès le printemps prochain, on rebâtira. On va s'attacher à restructurer ce club dans le but de repartir sur de bonnes bases. J'en reviens à cette idée de fusion. A priori, je ne suis pas pour. Rugby Bassin, c'est bien chez les jeunes mais, en cadets et juniors par exemple, je ne trouve pas qu'on récupère beaucoup de joueurs. Maintenant, je pense qu'il faut avoir l'esprit ouvert, ne pas se montrer borné. Plutôt que de parler de club unique, je préfère envisager un tutorat entre le Sporting, club phare du territoire, et l'AOV et Flagnac. On aurait déjà dû le mettre en place cette saison. Cela consisterait à se faire prêter cinq joueurs issus du SCD pour les faire évoluer chez nous. En contrepartie, des joueurs de chez nous pourraient faire le chemin inverse. Idem pour les jeunes, je crois que cela leur ferait du bien de venir faire leurs armes, de s'aguerrir en 1ère série avant de tenter leur chance à l'étage supérieur au Sporting ».

À Viviez, on dit donc non à la fusion mais oui à un échange sur le mode du tutorat.


US Flagnac-Agnac : « Dire stop à l'esprit de clocher »

Bernard Filhol est président de l'Union sportive Flagnac-Agnac (USFA) depuis la saison 1971-1972. « À l'époque, on a créé le club avec des anciens joueurs de Decazeville, se souvient Bernard Filhol. À son apogée, lors de la saison 1975-1976, l'USFA a connu la 1ère série. Ensuite, les joueurs pionniers ont arrêté et le club est retombé à son niveau actuel, la 4e série ».

À Flagnac, le rugby se veut convivial. Pas de « compet ». « Cette saison, les entraîneurs disposent d'un groupe de 33 joueurs, souligne Bernard Filhol. On arrive à s'aligner à 22 tous les week-ends. Mais parmi eux, une bonne quinzaine, âgés de 20 à 25 ans, n'avait jamais eu un ballon ovale dans les mains avant le début de cette saison».

La fusion avec le Sporting et Viviez, le président de l'USFA est franchement pour et cela ne date pas d'hier. « J'y ai toujours été favorable. Je verrais bien une fusion des trois clubs chapeautée par Decazeville. De toute façon, l'USFA, l'AOV, voire les deux ensemble, ne pourraient pas survivre à long terme. En cas de fusion, il pourrait y avoir une équipe III au Sporting dans laquelle évolueraient des joueurs de Viviez et Flagnac. Les meilleurs d'entre eux pourraient même prétendre évoluer plus haut. Quant aux structures, on pourrait instituer un turnover sur les différents terrains pour les équipes II et III. Et pourquoi pas jouer de temps à autre à Camille-Guibert en lever de rideau de l'équipe I? Pour moi, la fusion, c'est l'avenir du rugby dans le Bassin. Il faut arrêter l'esprit de clocher. Le football l'a fait. Pourquoi pas le rugby ! En ce qui me concerne, j'ai l'intention d'aller en discuter, en janvier, avec les dirigeants de l'AOV. D'après ce que j'ai pu entendre, certains joueurs mais aussi certains dirigeants n'auraient rien contre un projet de fusion».


billet

Pourquoi ? Pour qui ?

Pour regrouper les trois clubs de rugby du Bassin, il faudrait que les trois y trouvent leur compte. Ce qui n'est pas le cas, loin s'en faut.

Decazeville ? Aucun intérêt. Le club pourrait effectivement « jouer les grands frères » mais sans en tirer le moindre avantage.

Donc, une affaire forcément précaire.

Viviez ? L'AOV y perdrait son identité, son âme, la « résistance » s'organiserait aussitôt. L'affaire serait impossible à pérenniser.

Le « tutorat » évoqué par le président Murat pourrait s'avérer plus intéressant : ailleurs, la formule a connu des succès… mais toujours à un autre niveau, lorsque le partenariat concernait un club pro ou semi-pro et un voisin amateur (Gaillac et Brens par exemple). Impossible à mettre en place dans le Bassin : le Sporting ne dispose d'aucune autorité pour imposer à un de ses joueurs d'aller défendre les couleurs du voisin.

Flagnac ? C'est sans doute le seul à avoir intérêt à un rapprochement avec ses deux voisins (au moins un), sa seule façon de continuer à exister. Mais qu'apportera-t-il à son partenaire ?

Sacrifice. Il est évident aujourd'hui que l'offre est supérieure à la demande. Dans les années «70», le Bassin a eu besoin d'un troisième club, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Peut-être le besoin sera-t-il à nouveau plus fort dans quelques années, lorsque les jeunes rugbymen de RBOA arriveront « sur le marché » (et si l'économie locale leur permet de rester dans le Bassin)? En attendant, deux clubs suffisent à accueillir tout le monde et c'est Flagnac qui a le plus de « chance » d'être sacrifié.


RBOA

Le boom post mondial de l'école de rugby

Plus en forme que jamais, Rugby Bassin ouest Aveyron (RBOA) constitue certainement le plus précieux trésor « ovalistique » du Bassin. De 80 licences, l'école de rugby est passée, après la Coupe du Monde, à plus de 190. Une explosion des effectifs pas seulement due au Mondial mais surtout au travail de fond énorme des éducateurs dans le milieu scolaire. L'école est labellisée école de rugby FFR. Son succès ne se dément pas. Ainsi, tous les mercredis, entre les stades de Villefranche-de-Rouergue et Decazeville, deux cars font la navette pour les enfants de RBOA.

 
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