Publié le 04/12/2007 08:26 - Modifié le 04/12/2007 à 10:54 | Hervé Monzat

Trafic. «La drogue c'est mon métier»

Plus d'un million d'usagers réguliers, 832 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel.

Drogue
DDM

Un dealer pour dix consommateurs et un chiffre d'affaires juteux de 832 millions d'euros : le marché du cannabis en France n'a pas fini de faire planer les candidats à l'argent facile. Une seule grosse réserve : cette activité est totalement illégale. Par comparaison, 832 millions d'euros, c'est le résultat net de - rien de moins - que le groupe Bouygues en 2005 !

C'est le dernier rapport de l'Observatoire des drogues et des toxicomanies qui dresse le portrait en euros de cette France du « joint » qui peut rapporter gros. Dans la rue, pas moins de 100 000 dealers qui écouleraient en moyenne un peu moins de 4 kg pour gagner autour de

10 000 €/an, soit un petit smic. C'est une moyenne. D'après le rapport de l'Observatoire, le trafic devient rentable à partir de 10 kg écoulés par an. Le dealer qui négocie ses 10 barrettes par jour sur la place Arnaud -Bernard ou dans la cité Bagatelle à Toulouse tourne à 3 000 € net d'impôt, soit le salaire d'un prof agrégé en milieu de carrière.

Mais il y a mieux. Quand on monte dans la hiérarchie du trafic, les profits grimpent en flèche : en France une petite caste d'un millier de grossistes écoulerait entre 130 et 310 kg de cannabis/an. Revenus nets : jusqu'à 550 000 €/ an, soit le salaire moyen d'un patron d'une entreprise de plus de 2000 salariés. Miser plus pour gagner plus : la tentation de jouer gros pour multiplier la mise par trois ou quatre fait partie de l'engrenage.

Illustration, hier, avec un réseau de trois familles de Bagatelle qui est tombé pour 32 kg de résine de cannabis saisis à Montauban après trois mois de filatures de la brigade des stups.

Alors que faire devant cette activité coupable qui est devenue un vrai problème de société avec son économie parallèle tentaculaire, son armée de revendeurs et le risque qu'elle représente pour les jeunes ? Nous sommes à la croisée des chemins. Soit la répression continue et rien ne change. Soit la consommation de cannabis est légalisée et il n'est pas sûr que la question soit réglée pour autant… Ce qui est sûr, c'est que personne ne peut rester indifférent devant l'ampleur de ce phénomène de plus en plus inquiétant.

>> Télécharger le rapport complet


témoignage

« Bougui », 25 ans, dealer de shit

Il est entré dans le « business » du cannabis à l'âge de 15 ans, attiré par l'argent facile et le «prestige» qu'un jeune peut en tirer auprès de son entourage. Au départ, de simples barrettes de shit vendues à la sauvette, avant, pendant, ou après les cours. De quoi s'acheter les dernières fringues à la mode et « claquer » des billets en boîte de nuit. Ça impressionne les filles.

Son bac en poche, « Bougui. S » continue « ses affaires » pour maintenir son train de vie. C'est alors que le « système » se met en place, naturellement : pour dégager plus de profits, il achète -et revend-de plus en plus gros. Ce qui l'oblige à trouver des fournisseurs et des clients de plus en plus importants. « Il y a des étapes à franchir, des contacts à se faire. Ça prend du temps. Les personnes qui travaillent avec moi maintenant, j'ai mis 7 ou 8 ans pour leur faire confiance à 100 %. » Et ce qui n'était à l'époque qu'un moyen de se faire de l'argent de poche est devenu une activité (presque) à plein-temps. Aujourd'hui, si Bougui travaille dans une entreprise de logistique, il est également un « fournisseur » de la région toulousaine.

« ON GèRE COMME UN COMMERCE »

Il affirme revendre au maximum « entre 10 et 20 kg » de hashish par mois, ce qui peut lui assurer un « extra » mensuel pouvant atteindre 15 000 euros. « Mais je fais attention à ne pas vivre trop au-dessus de mon salaire. Il ne faut pas tomber dans l'engrenage des sous trop faciles ». Les achats de bijoux en or et de BMW rutilantes sont le fait de « jeunes qui commencent ». Lui fait profil bas : l'argent de la drogue, « c'est ceux qui en brassent le plus qui en montrent le moins ! » Alors il réinvestit une partie de ses profits et place le reste. « Tu fais fructifier ton argent, tu construis au Maroc, tu avances des fonds à des « partenaires , etc. »

Pour lui, « dealer » du hashish exige une certaine rigueur professionnelle. « Il faut prendre ça comme un vrai travail, comme on gère un commerce ». « Avance de fonds », « réinvestir », « faire fructifier le capital », son langage est d'ailleurs le même que celui d'un banquier. Autre « leçon » retenue du monde des affaires, clin d'œil au « Parrain » de Francis F. Coppola : « Il faut surtout séparer le « business » et les amis, c'est pour ça qu'il y a trop d'embrouilles. Moi, je ne travaille jamais avec mes propres collègues ! Et puis tu ne sais jamais qui est déjà « grillé » ou pas. Il y a trop de balances, trop de jalousies dans ce milieu-là : quelqu'un de Toulouse voit que tu marches bien, il passe un coup de fil aux Douanes et c'est terminé pour toi ! ».

« ON CONNAÎT LES RÈGLES DU JEU »

Alors pas question de prendre des risques, les communications se font à partir de cabines téléphoniques ou par téléphones portables dont les cartes prépayées sont régulièrement changées. Tout le temps sur le qui-vive, Bougui avoue qu'il est « facile d'être entraîné dans une spirale infernale, d'être coupé de la réalité ». La police, l'arrestation, la prison, il dit y penser « tout le temps », mais l'idée de finir derrière les barreaux ne l'incite pas à changer de « métier ». « Après tout, c'est la loi, on connaît les règles du jeu. Et puis au bout de quelques années, c'est devenu une habitude, ça ne gêne pas plus que ça ». La seule fois qu'il a été « attrapé » par la police, il y a quelques années, le tribunal ne l'a condamné qu'à « quelques semaines de TIG » (travaux d'intérêt général). ..

Antoine Durand


les stups racontent

« En 18 mois, trois Mercedes »

Sous couvert de l'anonymat, les fonctionnaires de la brigade des stupéfiants acceptent de parler. Ce qu'ils racontent, les chiffres qu'ils donnent, les dernières affaires citées tracent en creux les contours d'une véritable économie souterraine. Il faut dire que le trafic est juteux : « Un dealer de base peut dégager 3 000 €/mois net en vendant 10 barrettes par jour. Il va blanchir cet argent en achetant des voitures, ou en investissant dans des officines de taxiphones ou des sandwicheries », raconte cet enquêteur.

Pour les grossistes, c'est carrément bingo : « Entre 12 000 et 40 000 €/mois avec, dernièrement, la découverte d'un mec de 30 ans qui en 18 mois avait acheté trois Mercedes pour une valeur de 110 000 € et envoyé 120 000 € au bled ». Des sommes considérables qui, selon nos sources, sont réinvesties à 60 % en Algérie : « Dans une affaire récente, l'argent de la drogue avait été réinvesti dans une fabrique de fromage à Mostaganem. Dans d'autres, l'argent a servi à financer des agences de locations de voitures, des bateaux de pêche et même un centre commercial ».

Sur place à Toulouse dans les cités de Bagatelle, d'Empalot ou de la Reynerie, c'est la manne du shit qui fait vivre les cités : « A Bagatelle qui est la cité la plus gangrenée, on estime que 200 personnes sont impliquées directement dans ce trafic et on peut dire que sur Toulouse, l'économie du cannabis c'est un millier d' emplois dont les bénéfices garantissent directement les revenus et la paix sociale dans ces quartiers réputés difficiles », confie ce fonctionnaire expérimenté des Stups.

Des fonctionnaires qui ont un peu le blues : « On nous demande de faire du chiffre avec des petits dealers mais on manque de moyens (12 enquêteurs sur Toulouse) pour démanteler les réseaux. On amuse la galerie avec des gamins de 13 ans qui font courir les CRS à Bagatelle mais pendant que les voitures brûlent, le trafic continue… »

L'autre inquiétude de la brigade des stups, c'est l'arrivée massive de la cocaïne en provenance d'Espagne à prix cassé.

« Le prix a été divisé par deux de 120 € le gramme à 60 € en quelques années et désormais on trouve des dealers multicartes qui proposent du shit et de la cocaïne. À moins de 3 heures de Barcelone, Toulouse est particulièrement concernée par cette drogue dont la consommation s'est largement ''démocratisée''. Aujourd'hui ce n'est plus la drogue de la ''jet-set'' en mal de sensations : elle concerne aussi bien des cadres, des employés sous pression que des jeunes en difficultés ». H.M

 
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RÉACTIONS DES LECTEURS
Le cannabis au Maroc ,le vin en France (par antifada31)

Une drogue de plus ,restera toujours des problèmes en plus ,même légalisée.
Problèmes de santé ,de sécurité routière ,de socialisation des consommateurs .
Problèmes de violences ,dans les circuits de ventes et de violences encore ,pour ce procurer l’argent de la consommation personnelle.
Mr Sarkosy était au Maroc dernièrement ,Maroc premier producteur à inonder l’Europe
de cannabis (80% du cannabis vendu en Europe vient du Maroc) ,la France n’a fait aucune propositions qui tendraient à arrêter ce trafic illégal.Il n'en a pas été question.
Imaginons le cannabis légalisé en France ,nous aurions pu alors leur proposer du vin contre du cannabis ,mais au Maroc la consommation du vin est interdite ,le problème est insoluble .
Par contre le premier travail de l’Europe serait d’uniformiser les législations sur l’importation du cannabis dans les frontières de l’ E.U. ce serait un premier pas positif.

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Et bien (par CHANTAL92 - Ancienville)

commerce juteux
pourquoi chercher un emploi

dans le fait nous qui travaillons pour 1000 euros par mois en cotisant comme des malades , nous sommes bien les rois des cons ,
si en 18 mois 3 mercos nous n'avons meme pas de quoi acheter une deuche neuve

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