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Faire de la Faïencerie, un village d'artisans. C'est un rêve qui pourrait devenir réalité pour les locataires de cette friche industrielle cachée derrière l'église de l'Albinque. Car le site de plus de 8 000 m2, qui abrite quelques bâtiments désaffectés après la fermeture de l'usine dans les années 30 (voir encadré), est à vendre. Et les occupants actuels, des artistes, artisans et brocanteurs qui y avaient installé leur atelier, depuis près de 30 ans pour certains, sont prêts à l'acheter. Déjà pour y rester et poursuivre leurs activités, après être tombés sous le charme de ce lieu, certes vétuste, voire en ruine, mais appartenant au patrimoine castrais selon eux. Mais surtout pour le réhabiliter, le rénover, et y créer « un lieu dédié à l'artisanat et à la création ». Mené, notamment financièrement, par Emmanuel Bouissou, président de l'association « La fabrique », atelier de peinture et sculpture qui dispense également des cours, ce projet reste collectif.
Christophe Miquel, artisan-créateur de mobilier, spécialisé dans la décoration, qui propose aussi des stages et formations, en est également le moteur. Lui, qui a déjà relooké complètement l'intérieur de son atelier n'attend que çà pour s'attaquer à l'extérieur et pourquoi pas y faire son logement également. Le brocanteur, le marionnettiste, l'artiste-peintre… bref tous les occupants « qui squattent », pour reprendre leur formule, la Faïencerie, ont beaucoup d'ambition pour ce site. « Un promoteur serait intéressé pour participer à notre projet afin de rendre propre et donner un visuel correct à cette friche une fois qu'on l'aura achetée », affirme Emmanuel Bouissou qui précise que d'autres personnes, artistes, artisans ou professions libérales, auraient également montré leur intérêt pour s'y installer. Une salle d'expositions et un restaurant associatif pourraient également faire partie du projet qui serait tourné vers le public et les Castrais. Toute la difficulté serait de conserver « l'âme, l'insolite » du lieu, donc sans le raser complètement, tout en en faisant un « pôle » culturel et artistique accueillant. Et c'est ce « compromis » que cherchent à faire ces hommes et ces femmes motivés. Et pour cela, ils attendent aussi le soutien, au moins moral, du maire à qui ils comptent bien présenter leur dossier qui pourrait, selon eux, s'intégrer dans le projet de réhabilitation globale du quartier de l'Albinque annoncé par Pascal Bugis dernièrement.
Mais même si ce dernier ne se dit pas « hostile aux projets qui peuvent être développés sur ce site », l'élu ne cache pas non plus ses « fortes interrogations sur l'intérêt général que peut représenter ce foncier ». D'autant que la ville est déjà propriétaire de nombreuses parcelles aux alentours. En clair, la municipalité pourrait aussi se positionner en tant qu'acquéreur. Le débat reste donc ouvert sur le devenir de cette ancienne usine.
La Faïencerie a fermé en 1936 mais sa vaisselle est encore très réputée et recherchée par les brocanteurs et autres collectionneurs. C'est vers 1820, que la manufacture de poteries et de faïences stannifères est créée à Castres dans le quartier de l'Albinque. Fabricant à l'origine des produits de basse qualité, l'établissement n'acquiert de l'importance que dans la seconde moitié du XIXe siècle sous l'impulsion de ses nouveaux propriétaires, les Ducros. Spécialisée dans la céramique culinaire et la vaisselle de table, la manufacture est surtout reconnue pour ses faïences jaunes alors qu'elle produit aussi des terrines tigrées, des poteries à feu ainsi que des suspensions et des cache-pots artistiques. À la Belle Époque, la manufacture connaît une importante réforme structurelle par l'adoption de la fabrication de demi-porcelaines opaques et imprimées. Bien qu'ayant connu un début de mécanisation, la production reste encore largement artisanale, les décors sont encore effectués au pinceau par des artistes. Dans les années 1910, par l'adoption d'un matériel et des procédés modernes de production, la manufacture devient réellement usine. La politique commerciale se fait plus agressive. Mais la constitution majoritairement familiale du capital de la société la rend fragile face aux grandes sociétés anonymes de faïencerie qui profiteront de la dépression des années 1930 pour acheter puis fermer l'usine de l'Albinque en 1936. (Source : Jean-Michel Minovez, professeur en histoire moderne à l'Université Toulouse II- Le Mirail)
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